fois
Tom Ti-Pou

Bonjour, monsieur Dieu. Je m’appelle Tom Ti-pou. C’est bien ici, les portes du ciel ?


Wow ! Trop cool !

 

Je sais que je n’ai pas encore le droit d’entrer parce que je suis seulement dans le coma. Mais quant à flotter entre la vie et la mort, je me suis dit que ça serait bien de venir rendre visite à mon papa.

Vous connaissez mon papa, monsieur Dieu ? Il est pompier au ciel. C’est un héros. C’est lui qui arrose la terre quand il fait trop chaud. Mais son nom n’est pas papa Ti-pou.

 

C’est maman qui m’appelle Ti-pou parce que je suis tout petit. J’ai six ans, et il paraît que pour mon âge, ce n’est pas normal d’être aussi petit.

Il y a des spécialistes qui disent que j’ai un problème avec mes os, et d’autres spécialistes disent que je suis attardé. Je devrai aller dans une école spéciale avec des enfants qui n’apprennent pas comme les autres. Et je dois toujours faire attention pour ne pas tomber et me blesser parce que je suis fragile.

Mon papa Gros-pou, lui, il dit que ce n’est pas vrai. Il vient souvent me visiter dans ma chambre, et il dit que j’ai une grande âme. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, mais ça, c’est pas grave.

Papa Gros-pou m’aime très fort même si je ne l’ai jamais connu parce qu’il est mort quand j’étais dans le ventre de ma maman. C’est un héros. Il a sauvé des tas de vies. Après, il est mort dans un gros feu, et tous les journaux et les télévisions en ont parlé.

Je ne peux pas dire à personne qu’il vient me voir dans ma chambre, parce qu’on ne me croit pas. Les gens disent que je vis dans un monde imaginaire et que j’invente des choses. Y a juste grand-maman qui me croit. Elle dit qu’il vient la voir dans sa chambre aussi.

 

Grand-maman aussi est à l’hôpital. Mais elle n’est pas dans le coma. Elle a juste une jambe cassée et quelques brûlures. J’ai flotté jusqu’à sa chambre et elle va bien même si elle est très vieille.

Mon grand frère, lui, il n’arrête pas de pleurer. Il dit qu’il regrette de ne pas avoir été gentil avec moi. Mais ce n’est pas vraiment de sa faute. Il est en crise d’adolescence et très influençable. C’est vrai qu’il m’a traité de plein de noms : freluquet, mauviette, petite poule mouillée, mongol, arriéré mental, tête de nœud. Des fois même, il m’a bousculé et il m’a enfermé dans le placard. Ça me faisait de la peine, mais c’est mon grand frère et je ne suis pas capable de le détester.

Et puis, un jour je serai grand comme lui et on sera amis. Quand on sera amis, je pourrai lui parler du cadeau que papa Gros-pou m’a donné, et là, il me croira. Je pourrai lui expliquer que c’est grâce à ce cadeau que j’ai pu lui sauver la vie, et c’est sûr,  il ne se moquera plus de moi !

C’était le soir de Noël et papa Gros-pou est venu me rendre visite dans ma chambre pendant que je dormais. Au début, je n’étais pas sûr si je rêvais ou si c’était vrai, mais nous avons beaucoup parlé ce soir-là. Il m’a demandé ce que je désirais le plus au monde. Je lui ai dit que je souhaiterais être un pompier comme lui quand je serai grand, pour sauver des tas de vies et éteindre des gros feux. Il ne s’est pas moqué de moi. Il m’a dit qu’un jour je serais un héros et que plus personne n’oserait rire de moi.

 

Puis, il m’a donné un cadeau. Un fusil à l’eau vert. Il m’a dit que c’était un fusil magique et que je serais le plus grand pompier, le plus fort, le plus courageux du monde, grâce à mon fusil magique !

 

Quand je me suis réveillé le lendemain matin, je me suis dit : « C’est pas possible ! Ça doit être un rêve. » Alors, j’ai fouillé dans ma chambre, j’ai regardé en dessous de mon lit, dans mes tiroirs, dans mon placard. Y avait rien. C’est en faisant mon lit que je l’ai trouvé. Le fusil était sous mon oreiller. Là, je l’ai caché au fond de mon coffre à jouets et je ne l’ai pas dit à personne.

 

Papa Gros-pou est revenu souvent pour vérifier si j’avais bien pris soin de son fusil. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que je ne l’ai pas  montré à mes amis, même pas une seule fois, et que personne n’était au courant. Même pas maman. J’en avais juste parlé à grand-maman. Mais ça ne l’a pas dérangé parce qu’elle le savait déjà. Il m’a raconté que c’est elle qui lui a donné le fusil quand il était petit comme moi.

 

Puis, il m’a demandé de prendre soin de ma maman, qu’il l’aimait gros comme la terre et qu’il fallait la protéger comme il faut.

C’est vrai que maman est très aimable. Elle fait toutes sortes de bonnes actions envers les autres. Elle est toute seule pour prendre soin de grand-maman et  moi. Et puis, elle a une patience sans limites avec mon grand frère, même si des fois il n’est pas poli avec elle. C’est vraiment la meilleure maman du monde !

 

En ce moment, elle fait des grosses prières pour que je sorte du coma et que je ne sois plus en danger de mort. Pourtant, elle n’a pas à avoir peur parce que j’ai encore mon fusil  magique ! Il est collé dans ma main et personne n’a réussi à me l’enlever. Même pas le docteur…

 

Monsieur Dieu, est-ce que je peux vous demander de ne pas trop punir mon grand frère ? Il souffre et regrette vraiment ce qui est arrivé.

 

Vous savez, quand papa Gros-pou est mort, mon frère était un petit garçon. Cela a dû être une  épreuve très difficile pour lui. C’est probablement pour ça qu’il se rebelle.  Papa Gros-pou aimerait bien parler à mon frère dans sa chambre, mais mon frère ne l’écoute pas. C’est pour ça qu’il m’a demandé de veiller sur lui. Vous comprenez ?

 

L’autre soir, quand grand-maman s’est cassée la jambe en tombant dans la salle de bain, maman a été obligée de l’emmener à l’hôpital. Comme nous vivons à la campagne dans la vieille maison de grand-maman et que les voisins sont loin, maman ne pouvait trouver personne pour me garder. D’habitude c’est grand-maman qui me garde, mais là elle ne pouvait pas.

 

Maman a demandé à mon frère de s’occuper de moi. «  Nous serons parties pendant quelques heures. » C’est ce qu’elle a dit. Après, elle est partie avec grand-maman qui avait très mal.

 

Mon frère en a profité pour appeler quelques copains et faire une fête. Il m’a dit de rester dans ma chambre et de ne pas m’en mêler. Là,  ils sont allés au sous-sol et ils ont bu beaucoup de bières et fumé des drôles de cigarettes qui ne sentent pas bon, en écoutant de la musique très fort.

 

Ma mère avait dit à mon frère de ne pas oublier de chauffer le poêle à bois et d’être très prudent. Même s’il a quinze ans et qu’il est assez grand pour chauffer un poêle à bois, peut-être qu’il n’a pas été assez prudent ? Et des fois, quand il fait une fête dans le sous-sol et qu’il fume beaucoup de cigarettes, il enlève les batteries du détecteur de fumée pour pas qu’il fasse son bruit fatigant.

 

En tout cas, vers minuit, maman a téléphoné pour dire qu’elle allait rentrer bientôt et que grand-maman allait bien même si elle on lui avait mis un plâtre. C’est moi qui ai répondu au téléphone parce que mon grand frère n’a rien entendu. J’ai fait semblant de rien et j’ai dit à maman que je m’étais endormi dans son lit et que c’était pour ça que c’est moi qui avais répondu au téléphone.

 

Ce n’était pas vrai, et je sais que ce n’est pas correct de raconter des mensonges à ma maman mais je ne voulais pas faire du trouble à mon grand frère parce que  je l’aime bien quand même.

 

Après, j’ai couru au sous-sol et j’ai dit à tout le monde de s’en aller parce que maman allait arriver et qu’elle ne serait pas contente !

 

Ils sont partis. Là, c’est moi qui ai ramassé le dégât et toutes les cochonneries qui traînaient parce que mon frère n’était même pas capable de se tenir debout et qu’il vomissait partout. Il avait même de la misère à parler. Il m’a quand même dit : « Garde la porte du sous-sol fermée, puis va te coucher dans le lit de maman, puis fais semblant de dormir, puis ferme ta gueule, Tom Ti-pou ! Sinon… »

 

C’est ce que j’ai fait. Quand maman est arrivée, elle m’a porté dans ma chambre et je faisais semblant de dormir pour qu’elle ne pose pas de questions. Puis elle s’est couchée et grand-maman aussi.

C’est la voix de grand-maman qui m’a réveillé dans la nuit. Sa chambre est juste à coté de la mienne, alors c’est pour ça que je l’ai entendue en premier.

 

Ça sentait beaucoup le brûlé et grand-maman toussait. Je me suis levé et je suis allé la voir. Il y avait beaucoup de fumée dans la maison et grand-maman avait peur. Elle m’a dit : « Vite, Tom Ti-pou ! La maison brûle ! Appelle les pompiers ! » Là, je lui ai dit que j’avais très peur. Elle m’a dit d’aller chercher mon fusil magique et que je n’aurais plus peur.

 

J’ai filé dans ma chambre  pour chercher mon fusil magique et j’ai senti plein de courage entrer en moi. Là, je savais quoi faire !

 

J’ai  pris le téléphone et j’ai composé 911 et j’ai dit : « Vite ! Notre maison brûle et ma grand-maman ne peut pas marcher, et mon frère ne se tient pas debout parce qu’il vomit partout, et ma maman est très fatiguée et quand elle est très fatiguée, des fois elle  prend des pilules pour s’endormir ! »

 

Puis, j’ai donné l’adresse que je connaissais par cœur même si on dit que je n’ai pas de mémoire et que je suis attardé, et j’ai raccroché.

 

Là, j’entendais mon frère hurler dans le sous-sol. Il fallait que je le sauve  en premier.  J’ai ouvert la porte du sous-sol et il y avait du feu partout, partout ! Avec mon fusil magique, j’ai lancé de l’eau sur mon frère et les flammes se sont éloignées. Après, j’ai mouillé mes bras avec mon fusil, et là, j’ai senti mes bras devenir très gros, très forts, très musclés ! J’ai attrapé mon frère par les pieds et je l’ai traîné d’une seule main, et de l’autre main, je lançais de l’eau sur les flammes dans les escaliers.

 

   Je l’ai traîné jusque dehors et je suis retourné à l’intérieur pour chercher grand-maman.

 

Elle toussait sans arrêt. Il fallait faire vite parce que les rideaux de la fenêtre commençaient déjà à brûler. J’ai lancé de l’eau autour de grand-maman pour qu’elle ne brûle pas, puis j’ai encore senti mes bras devenir super forts ! Je pris grand-maman dans mes bras comme une maman qui prend son Ti-pou. Elle était légère comme une plume. Et j’ai couru très très vite jusque dehors.

 

Là, il y avait des gens qui commençaient à arriver. Des pompiers et des policiers et des voisins et tout. J’ai entendu grand-maman dire qu’il y avait encore du monde à l’intérieur. Elle criait : «  Tom Ti-pou !  Vite ! Reviens ! » Mais je ne l’ai pas écoutée parce qu’il fallait que j’aille chercher ma maman.

 

La chambre de maman est au deuxième étage et ça brûlait partout, même l’escalier. J’ai lancé de l’eau sur le feu dans l’escalier et j’ai grimpé aussi vite que j’ai pu. Je n’étais même pas fatigué ! Maman était sans connaissance dans le corridor. Elle avait dû s’étouffer à cause de la fumée.

 

Les poutres du plafond commençaient à tomber, je devais vraiment me dépêcher pour pas que ma maman meure !

 

J’ai entré dans la chambre et j’ai attrapé la couverture sur le lit et je l’ai toute mouillée avec mon fusil et j’ai enroulé maman dedans comme une saucisse de pogo, et grâce à mes supers bras, j’ai mis maman sur mes épaules comme un tapis.

 

Oh ! Oh ! Mais là, ça n’allait pas du tout !  Y avait même plus d’escalier ! Plus moyen de descendre. Que faire ? Que faire ? J’ai tout mouillé mes jambes et je les ai senties devenir super grandes, super fortes et super musclées, comme les jambes de mon papa Gros-pou. J’ai pris mon élan, et j’ai sauté en bas. Comme un chat!

 

Maman ne brûlait pas à cause de la couverture mouillée, même s’il y avait des morceaux de plafond qui nous tombaient dessus.

 

J’ai couru très vite, mais je n’ai pas réussi à me rendre dehors parce que  quelque chose a cogné ma tête et j’ai perdu la boule.

Après, je me suis aperçu que je flottais dans les airs dans l’hôpital. Il y avait un petit garçon dans un lit et un tas de gens autour. Quand j’ai vu le fusil magique dans la main du petit garçon, j’ai dit : «  Mais, c’est moi ! » Et c’est ça. C’était moi. Ils disaient que j’étais dans le coma. C’était cool ! Dans le coma on est capable de voler. On flotte dans les airs !

 

Là, j’en ai profité pour me promener un peu. Dehors, il y avait beaucoup de monde qui criaient : « Tom Ti-pou ! Tu dois vivre ! »

 

Il y avait un monsieur pompier qui disait aux gens de la télévision que j’étais un héros, et que  si je sortais du coma, qu’il me donnerait une médaille. Wow ! Trop cool ! Je me suis dit que mon papa serait bien fier de moi.

 

J’avais hâte de savoir si ma maman allait bien. J’ai flotté et je l’ai trouvée dans un lit. Elle était un peu sonnée, mais le monsieur pompier l’avait sortie à temps.

 

Mon grand frère aussi allait bien. Il avait même arrêté de vomir.

 

Quand j’ai vu que tout le monde était correct, j’ai décidé de monter au ciel pour voir mon papa Gros-pou et lui dire qu’il serait très fier de moi et que j’allais avoir une médaille.

 

Est-il là, monsieur Dieu ?... Il est en bas ? Il m’attend ?

Alors je dois retourner tout de suite ! Au revoir, monsieur Dieu !

 

***


 

- Tom ? Tom ? Je suis là, mon Ti-pou.

- Maman ?

- Bonjour, mon grand garçon.

- Maman ? Tu vas bien ?

- Oui, tout le monde va bien. Grâce à toi, mon Ti-pou. Tu es un héros, tu sais.

- Papa m’a aidé…

- Je sais…il est venu me le dire. Il l’a dit aussi à ton frère.

- Maman, où est mon frère ?

- Il est avec grand-maman.

- Tu ne vas pas trop le gronder, n’est-ce pas ?

- Non ! Même pas du tout.

- Maman, tu sais que j’aurai une médaille ?

- Oui ! Et personne au monde ne la mérite autant que toi. Tu es un grand pompier !

- Tu devras maintenant m’appeler Gros-pou…

< Chez-moi » Tom Ti-Pou