La petite voix

Allo ? Dring! Dring! … Toc ! Toc !… JE SUIS LÀ ! Je vous agace, hein? Je sais. J’ai pourtant tant de belles choses à vous dire. Vous voulez savoir quelle est cette petite voix qui vous tourmente encore? C’est simple : cette voix, c’est la vôtre : je suis Vous.

Pssst… Monsieur l’adulte, c’est moi! 
M’entendez-vous?

 Allo ? Dring! Dring! ... Toc ! Toc !... JE SUIS LÀ !  Je vous agace, hein? Je sais. J’ai pourtant tant de belles  choses à vous dire. Vous voulez savoir quelle est cette petite voix qui vous tourmente encore? C’est simple : cette voix, c’est la vôtre : je suis Vous.

 Je suis l’enfant qui vit en vous, la partie de vous qui n’a pas grandie.

 

Vous voulez encore me faire taire? C’est inutile.  Même si vous bouchez vos oreilles, ça ne sert à rien. J’ai une grande gueule, beaucoup d’imagination, et je suis têtu comme une mule. Je peux me cacher  pour un petit bout de temps, mais je ne peux pas disparaître.  Alors je me fais silencieux, quand je n’ai pas envie de répliquer, mais des fois c’est impossible.  Je souffre tant d’être ignoré de vous.


Comme tout enfant qui désire se forger un caractère,  de temps en temps je pique une colère, je trépigne et je fais un vacarme épouvantable pour attirer votre  attention. Écoutez…je ne suis pas si niaiseux que ça ! Je sais  qu’il y a  d’autres petites voix qui vous parlent : celle de votre raison, entre autres ? Vous savez, la petite voix de l’adulte responsable qui, aussi, vit en vous?

Alors, voulez-vous bien m’expliquer pourquoi vous acceptez de l’écouter, celle-là, tandis qu’à moi vous refusez ce privilège ? Hein, monsieur Toul’ monde ? Le champion des champions?

 

Que vous ai-je dont fait pour que vous vous sentiez si menacé? Je suis pourtant tout petit et j’ai grand besoin d’amour. Peut-être refusez-vous d’admettre que tout adulte fût, jadis, un enfant ? Peut-être admirez-vous l’être important que vous êtes devenu ? Peut-être que ces rides que vous détestez tant sont un bouclier contre une jeunesse que vous jugez désormais inutile ?  À vous voir, comme ça, vous semblez être  un adulte responsable. Savez-vous qu’il y a aussi des enfants responsables?

 

Tadam! Je suis un de ceux-là! Oui, meeeeusieur !

 

Quoi ?... Vous avez envie de vous moquer de moi? C’est bien. Envoyez fort. Ne gênez-vous surtout pas ! Payez-vous la traite ! Ça veut dire que je ne vous laisse pas indifférent. Rira bien qui rira le dernier…

 

Je vous connais, vous ! Vous êtes en train de m’imaginer, vous défiant du regard, du haut de mes trois pommes,  vous pointant du doigt, vous sermonnant : « Hey! Monsieur l’adulte, j’en sais plus que vous ! » Et vous riez de moi. Oui, oui, oui ! Vous vous payez ma tête. Bah… C’est de vous-même que vous riez. Alors riez. C’est bien !

Laissez-moi vous rafraîchir la mémoire, monsieur le pas souvent rigolo; c’est moi qui vous ai appris à rire. Et vlan !

 

 Ah! Ah ! Je viens de marquer un point. Bon, passons  aux choses sérieuses. Savez vous que je suis le gardien de la somme de vos peurs, vos souffrances et vos humiliations? Savez vous que j’ai mal de vos blessures,  et que sans votre aide, elles ne pourront jamais guérir? Savez vous aussi que, malgré ce lourd bagage, je porte en moi les germes de la joie, l’espoir, l’émerveillement, la découverte? Pas mal, hein, pour un ti-cul ?

 

Vous pensez perdre la raison  quand j’essaie de vous faire la morale. C’est bien ! On ne peut  quand même pas tout raisonner. Vous n’êtes pas aussi grand que vous en avez l’air, vous savez. Et il n’y a rien de mal la- dedans. Même les adultes  ont besoin d’être appuyés et aimés. Ils ont aussi besoin qu’on les console, qu’on les rassure…

 

Ah bon! Là-dessus, nous sommes d’accord.

 

Quand vous vous croyez seul au monde,  que vous avez la sensation de perdre le pied, quand votre château veut s’écrouler, vous faites tout ce qui est en votre pouvoir d’adulte pour que rien ne paraisse. Vous réussissez très bien à sauver la face et cacher  votre tourment au monde extérieur, mais pas à moi. Dans votre monde intérieur, il faut vous ramasser à la petite cuillère, mon cher adulte adoré. J’en sais quelque chose  puisque je suis le ramasseur officiel. Des fois, vous n’êtes vraiment  drôle.

 

Non mais, c’est quoi l’idée ? On dirait que vous vous prenez pour une vieille peau ! Avez-vous oublié la définition du mot plaisir ? Il paraît qu’on ne montre pas à un vieux singe à faire des grimaces. Vous n’êtes pas si vieux, il y a encore de l’espoir. Voudriez-vous que je vous en montre quelques-unes ?

 

Je ressens à votre place tout ce que vous refusez de ressentir. Je me cache pour mieux vous protéger, je pleure pour vous quand vous n’en êtes pas capable. Je prends toutes vos peurs,  vos confusions, et je les enferme dans une cave secrète, puis je tourne la clé à double tour pour qu’elles vous laissent en paix. 

 

 Malheureusement, je ne réussis pas toujours.  Vous êtes un adulte et vous n’arrivez même pas à tout contrôler, alors comment voulez-vous que moi, si petit, j’arrive à le faire pour vous?  Vous pleurez, maintenant? C’est bien ! Je ressens votre détresse. Ça signifie  qu’enfin, vous me prenez  au sérieux.

 

Savez-vous à quel point je vous aime?

 


Quand vous vous êtes décidé à grandir et à m’oublier, je ne vous ai pas abandonné, car je sais que vous avez besoin de moi. Vous êtes un adulte extraordinaire, tellement talentueux. Un modèle pour les autres. Je suis si fier de vous! Or, vous ne seriez pas ce que vous êtes sans moi. Vous n’êtes quand même pas né adulte. Votre pauvre maman aurait bien trop souffert en vous donnant la vie. Vous êtes si costaud!...

Ah! Maintenant vous souriez à travers vos larmes. C’est bien ! C’est ce que je désirais.

 

Avouez, sérieusement, que ce serait bien ennuyeux de tout savoir dès le début. Il n’y aurait jamais de surprises ni de nouveautés. Essayez de vous souvenir de toutes les «premières fois». Laissez-les remplir votre esprit… Ah oui! Je sais que c’est difficile, mais au moins essayez… Oooh! Vous êtes tout excité! Je constate que vous avez réussi. C’est bien ! Ca devait être bon.

 

Vous voyez? Ce n’est pas si difficile que ça. C’est ça l’évolution. On naît tout petit, pour grandir et tout découvrir. Pour certains, le cheminement sera extrêmement douloureux, tandis que pour d’autres ce sera plus facile. Mais pour ces derniers, la douleur se manifestera, un jour ou l’autre, autrement. L’enfance et l’adolescence sont indispensables à l’adulte.


Savez-vous à quel point je vous aime?



Je porte sur mes frêles épaules, tous les souvenirs de votre existence, les bons autant que les mauvais. Je possède aussi toutes les émotions que vous avez éprouvées,  ainsi que tous vos trésors cachés. Je connais vos fantasmes, vos vices inavoués, j’ai accès à tous vos secrets. Je n’ai pas envie de m’en plaindre, j’ai juste besoin de  vous faire comprendre que je serai toujours là pour vous, avec vous, toute votre vie. C’est naturel. Je ne demande qu’à grandir avec vous.

 

Je suis Vous !

 

Arrêter de se torturer ne veut pas dire qu’on est lâche. Faire quelques niaiseries pour adoucir les journées sombres n’est pas un crime. Rire de soi-même et des gaffes qu’on fait est, plus souvent qu’autrement, bénéfique. Se faire des  guili guili  dans le miroir, quand on se trouve particulièrement amoché, est miraculeux. Autrement dit, cesser de se prendre au sérieux est un puissant remède antirides !

 

Je vous imagine vieux, heureux, racontant à vos petits-enfants les aventures de l’enfant que vous étiez, avec l’étincelle dans vos yeux de l’enfant que vous serez toujours. Et je serai si heureux pour vous,  avec vous.

 

Je suis  fatigué à présent. Vous aussi. Nous avons besoin d’un peu de repos tous les deux. Qu’en pensez-vous ?

 

Vous voyez ? Je ne suis pas méchant, je suis Vous et je vous aime. Si vous choisissez d’aimer la vie, de la trouver drôle, je vous aimerai encore plus !

 

Bon maintenant, je vais dormir un peu.

 

Quoi ?…Est-ce que je vous entends fredonner ? C’est bien ! 

Vous avez  vraiment une jolie voix. Très apaisante…

 Merci de m’avoir écouté…Au revoir, monsieur Joe.


Vous me réveillerez quand vous aurez besoin de moi ?

 

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