L’étoile

Je t’offre mon Amour. Pas dans le sens de : « Je ne peux pas vivre sans toi. » Non. Dans le sens de : « Je suis quelqu’un de bien et je m’aime assez pour reconnaître qu’il n’y a de place dans ma vie que pour des êtres comme toi.



Voici un texte inspiré d'une lettre écrite par une amie que j'ai perdu du cancer. Ce n'est pas son histoire. Mais les mots sont là...

Jano

Mon bel époux et ami,

 

Je prends le temps de t’écrire ces mots avant d’entreprendre un voyage nécessaire, lequel, j’en ai bien peur, comporte  certains risques.

 

Mes bagages sont prêts, j’ai réglé les derniers détails, dit au revoir à notre chat. J’ai mis de l’ordre dans mon  petit univers et embrassé notre famille.  Pourtant, partir sans tout te dire serait partir mal préparée, la  conscience impure.

 

Il y a des gens qu’on cherche toute notre vie. Toi, par exemple… Je t’ai toujours cherché, sans savoir pourquoi. Sans te connaître. Comme si j’entendais un appel, je cherchais l’être qui lirait dans mon âme.

 

Un jour, tu fus là, devant moi, ton regard vert, profond, perçant comme un laser qui fouillait jusqu’à mon centre ; j’ai tout de suite su,  qu’en ta présence, il n’y aurait pas d’autres issues que la vérité : c’était la seule solution.

 

Déjà, à cet instant, ma vie était changée. Déjà, ma vision des choses, ma compréhension de l’âme humaine et de ses complexités, le pourquoi des luttes que j’ai livrées, déjà, tout cela prenait son sens. Déjà, je savais qu’avec toi, face à face, je me devais de me regarder de front sans aucune censure admissible. Déjà, j’étais face à face avec moi-même.


***


Je ne suis même plus convaincue de croire au hasard. Je t’ai cherché, et je t’ai trouvé. Mon père disait : « Prends garde à ce que tu souhaites… Ça pourrait se réaliser. » Il avait raison. Quand on cherche la vérité, elle nous cherche aussi. Il y a quelques années, j’avoue que je serais peut-être passée à côté de toi sans réaliser qu’il me fallait savoir te reconnaître. Comme toute vérité n’est pas toujours évidente à entendre. On souhaite de tout cœur trouver l’être qui nous aimera simplement pour ce qu’on est  sans masque, mais quand il est en face de nous, ça fait presque peur.

 

Pour ce faire, pour reconnaître le vrai du faux, je t’ai raconté – tu te souviens ? - que j’ai d’abord dû apprendre à nager dans un marécage de mensonges infesté de serpents à langue fourchue. 

 

Or, quand je regarde le fil des événements, je réalise aujourd’hui que mon cheminement avait toute sa raison d’être. Pour connaître le visage de la vérité, il faut avoir vu le reflet du mensonge. Pour arriver à voir la lumière, je devais   connaître la noirceur.

 

   J’ai connu la noirceur…


***


Bel époux et ami, pourquoi laisse-t-on entrer dans nos existences ceux qui cherchent à nous détruire ? Pourquoi doit-on endurer des êtres malfaisants qui nous blessent, nous torturent, nous violentent, nous mentent effrontément sans repentance ? Je crois, sans trop vouloir philosopher, que c’est par désir de voir en chaque individu, la lumière. Malheureusement, on ne peut éclairer la vie de ceux qui  choisissent la noirceur.

 

Tu sais ici que je ne parle pas de toi. Car malgré tout, tu m’as aimée sans me juger. Même quand celle que j’étais devenue me faisais horreur, toi tu m’aimais et attendait mon retour.

 

Il est facile de se laisser guider sur des chemins déjà tracés, sans questionner. Il est facile de tomber dans le puits de la fausseté. Facile aussi, d’entraîner ses compagnons de route vers des destinations trompeuses, puisque les mirages sont envoûtants en plein milieu du désert. Trop facile, souvent, de tout faire exploser plutôt que de lâcher prise. Et facile de détruire une vie au lieu de la célébrer.

 

Ton cheminement s’apparente au mien, à sa façon. Tu as lutté pour survivre avec tes poings, ta gueule, ton cœur, ta dignité. En refusant de devenir médiocre, tu t’es éloigné du sentier de la déloyauté. Ce, parce que  tu savais qu’il existait une lumière  au fond de toi, et tu n’as pas  voulu  qu’elle s’éteigne. Tu t’es battu contre le destin, contre tes faiblesses, contre l’adversité. Et tu t’es battu pour moi. Même si tu prétends m’avoir négligée au profit de tes luttes.


***

Avant que nos routes se croisent, nous avons tous deux connus nos abîmes. Dans mon cas, il a fallu que je me retrouve dépouillée de tout, que je descende plus bas que la bêtise, que les charmeurs de serpents arrivent presque à m’endormir avec leurs doucereuses mélodies, pour que je comprenne enfin que si je me laissais  envoûter, je serais définitivement foutue.

 

Voilà. Une lumière en dedans s’est allumée, brillante, puissante, telle l’étoile de Bethléem,  un avertissement, un appel : « Sors de là ! Ta vie est en danger ! »  J’ai suivi l’étoile. Je l’ai vue, l’ai sentie brûler dans ma poitrine, à coté de mon cœur, comme un soleil faisant fondre mes inquiétudes et mes questionnements.

 

Si tu savais comme j’ai eu peur ! Il a fallu que j’accepte de me laisser guider, car seule mon étoile connaissait le remède aux morsures. Moi, toute seule, sans sa lumière, j’étais complètement perdue. Grâce à mon étoile, sortir du marécage fut bien plus facile que je ne le croyais. Grâce à sa lumière, le trajet jusqu’à toi s’est fait tout seul.  Car mon étoile ne t’a pas placé sur ma route, ça j’en suis convaincue ; mais elle m’a menée à toi. En te trouvant, j’allais trouver une partie du courage qu’il me manquait pour me trouver aussi.

 

Ne vas pas croire que je comptais sur toi pour me prendre en main ! Or, pour pouvoir affronter la vérité sans baisser les yeux, il faut lui donner la permission de nous regarder. Il faut aussi savoir saisir les signes que nous envoie notre étoile, les reconnaître, puis agir en conséquence.


***

Qu’est-ce que le temps, mon  bel époux ? Avons-nous  vraiment le temps de perdre notre temps ? La vie n’est-elle pas une succession de moments présents dans le temps ? Pourquoi certaines créatures vivent une journée, d’autres cent ans ? Qui sommes-nous pour s’imaginer que nous avons tout le temps ? Seul le temps a le temps. Nous, nous avons la vie. Mais la vie n’est pas l’éternité,  et peu importe le temps qu’elle dure, ce qu’on en fait dans le temps qui nous est accordé entre la naissance et la mort, nous appartient.

 

 On éteint la lumière ou on allume la lumière.


***

Au cours de ma vie, j’ai perdu des êtres inestimables, que j’avais crus invulnérables. Hélas, parce que je pensais posséder le temps, je les ai pris pour acquis et je n’ai pas su leur livrer les vérités de mon cœur avant qu’ils  partent. Aujourd’hui pourtant, même si j’ai des regrets, je sais que ces êtres s’arrangent pour garder ma lumière allumée. Ils alimentent  mon étoile en énergie. Je me dois de les écouter, car leur mission est de m’aimer assez pour ne pas me laisser dans la noirceur. Ils sont mes anges gardiens.

 

Ce voyage que j’entreprends est voulu par mon étoile. Par contre, il me faut partir en paix. C’est le seul moyen de mener à bien l’expédition et de garder l’œil ouvert pour ne pas provoquer d’accidents inutiles. Pour le reste, si je suis fidèle à mon étoile, je n’ai pas à craindre de faire fausse route. Je me rendrai là où je dois aller.

 

Je suis malade. Mon corps est malade. Or, mon âme ne l’est plus. C’est pourquoi je peux maintenant partie en paix. Tu as été là  pour la femme qui ne voulait plus souffrir.

 

Je sais aussi, bel époux et ami, que ton regard vert ne me quittera pas. Il fait partie du voyage. Mon étoile a cherché la tienne, pour briller avec elle,  parce que toute étoile qui brille, brille d’Amour.


Tu mérites l’Amour…

 

Je t’offre mon  Amour. Pas dans le sens  de : « Je ne peux pas vivre sans toi. » Non. Dans le sens de : « Je suis quelqu’un de bien et je m’aime assez pour reconnaître qu’il n’y a de  place dans ma vie que pour des êtres comme toi. »

 

Mon Amour est franc, sans arrière-pensées, donc digne de toi. Accepte-le, c’est tout ce qu’il désire ; accepte-le avec fierté, car c’est avec fierté qu’il s’offre à toi. Si la solitude t’effraie, bel  époux, songe que mon Amour ne t’abandonnera pas, parce qu’il est ton ami. Il sera là pour toi même si je ne suis pas à tes côtés. Donnes-lui sa place dans ton ciel, laisse le briller.

 

Mon Amour pour toi se moque du temps, de la corruption, et les lois barbares. Mon  Amour veut t’offrir un peu de sa lumière. Ne courbe jamais l’échine, ne regarde jamais derrière, bel époux, mon héros, et sois grand comme ton cœur. Laisse tes branches atteindre le ciel, comme le bouleau à la lisière de la forêt : celui  qu’on voit de loin, que nul n’arrivera à abattre, parce que sa droiture dépasse les cimes. Mon Amour n’est pas jaloux, ni possessif ; il est ce qu’il est. Il est doux. Il te veut du bien.

 

Mon Amour est né il y a longtemps, mais je ne l’ai pas toujours donné à ceux qui le méritaient. Par contre, vois-tu à quel point il est tenace ? Malgré tous les détours et les épreuves que je lui ai infligés, il ne s’est jamais éteint. Malgré tous les mauvais génies que je lui ai imposés, il n’a jamais perdu l’espoir de rencontrer un jour, ton regard vert.

 

Si tu me demandes de quoi mon  Amour a l’air ? Je ne saurais te répondre ; car il ne ressemble à rien, il est  une entité qui veut exister. Cependant, je crois que cet Amour est bon. Bon pour moi, en tout cas. Parce que si je le laisser me parler, je me sens devenir une meilleure personne. Il est assez bon pour que je le reconnaisse comme une puissance sur laquelle je n’ai aucun pouvoir ; c’est lui qui a du pouvoir sur moi.

 

Bel  époux et ami, je te fais cadeau de mon Amour,  avant de m’en aller. Comme ça, si mon étoile décide de m’emmener plus loin que prévu,  s’il m’arrive de   ne  pas être capable de revenir, je saurai que je ne suis pas passée à côté. Je saurai que ma conscience est épurée. Je saurai que j’ai dit les vérités de mon cœur à quelqu’un qui les mérite. Je saurai que j’aime enfin, de la bonne façon.

 

Si je ne reviens pas de ce voyage, je te retrouverai autrement…
Je serai ton ange gardien…
Crois toujours en ton étoile…
Aime toutes les étoiles…
Car les étoiles, ou bien on s’en moque, ou bien on les aime toutes !
Je serai toujours ton ange gardien…

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