Le premier et dernier souffle

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C’est fou à quel point le corps peut accumuler le stress. On le porte comme ces corsets à lacets qui faisaient partie de la tenue journalière des femme d’autrefois.


C’est fou à quel point le corps peut supporter le stress et l’accumuler sans qu’on s’en rende vraiment compte. On le porte comme ces corsets à lacets qui faisaient partie de la tenue journalière des femmes d’autrefois. On s’habitue à respirer à moitié. On s’habitue à s’étouffer volontairement et à marcher les fesses serrées jusqu’à s’évanouir. Et on se demande alors pourquoi on manque d’air, d’espace et de liberté d’action. Puis quand on enlève l’objet de torture, on a plus de maintien. On a mal au dos, au ventre, on marche péniblement. Les bobos de fatigue nous rattrapent et le corps se révolte ou s’écroule ou les deux.


La fatigue d’après stress

Quand tout retombe et qu’on peut enfin se reposer, et que le corps réagit contre toute la pression qu’il a eu à subir, parfois par notre faute pour lui en avoir trop demandé, parfois à cause de circonstances et d’épreuves qui s’accumulent malgré nous. On arrête et on est malade. On arrête et on a juste envie de dormir et dormir et dormir encore. Et on résiste car on a l’impression de perdre notre temps. Comme si dormir était une perte de temps. Comme si le repos était pour les autres. Comme si respirer normalement serait anormal. Et on pleure un certain temps. Puis quand le sourire revient on voudrait repartir en fou mais les pieds ne suivent pas. La tête ne suit pas. La réserve d’énergie s’épuise tout de suite et ça nous frustre raide. On voudrait remettre le corset et resserrer les lacets mais on se rend compte qu’on ne respire plus.


Il faut donc oublier cette manière de vivre et réapprendre à laisser le corps libre d’être ce qu’il est.


Un corps. Avec des besoins naturels qu’on a appris à étouffer et qu’il faut désormais laisser respirer. Puis quand on cesse de pleurer pour sourire à nouveau, les autres croient que nous sommes prêts à recommencer notre course folle. Et ça nous fait à nouveau pleurer. Ça nous fait douter. Ça nous donne des remords. Puis un jour ceux qui nous poussent dans le cul tombent à leur tour et doivent enlever leur corset. Et ils se demandent ce qui leur arrive!


Mais voilà, on est tous pareil.

On est tous fait pour respirer. On a tous besoin de repos un jour ou l’autre. On doit tous s’arrêter à un moment où un autre. Car le corps a toujours le mot final. La vie a toujours le premier et le dernier souffle. Peu importe la manière dont on respire entre le premier et le dernier souffle. Donc si on respire à moitié parce que les lacets sont trop serrés, ou bien on étouffe pour de bon ou bien les lacets cassent. Et la vie s’impose. Le corps s’impose avec ses besoins. On l’écoute ou on perd le souffle. Il faut alors réapprendre à vivre dans des vêtements confortables, de manière confortable, à respirer confortablement. Et à sourire. Et à dire non à ceux qui nous poussent dans le cul.


Car c’est normal de sourire.


Les bébés sourient. Ça ne veut pas dire qu’il faut les pousser à marcher plus tôt, à parler plus tôt, à apprendre à lire et à écrire à la course. Ça ne marche pas comme ça la nature.

Car la vie a toujours le premier et le dernier souffle….